Par la Famille Bouffard

Chez la famille Bouffard, nous aimons les livres, les films, la musique, et nous sommes toujours à la recherche de nouvelles perles. J’imagine que c’est la loi de la moyenne : la grande majorité des œuvres sont… moyennes. Certaines sont carrément mauvaises, et une toute petite quantité sont hors-norme, absolument délicieuses. Elles nous remplissent de ravissement, nous voudrions nous y plonger encore et encore et ne plus en ressortir. Mais, justement, ces œuvres délicieuses, il n’y en a pas tant que ça. D’où l’idée de cette chronique culturelle coups de cœur : partager ce qui nous a enchantés. Avant de commencer, j’aimerais toutefois y aller de quelques avertissements : (1) Je ne fais pas une chronique sur les nouveautés. Ça se peut que je vous sorte du (très) vieux stock, et je le fais sans aucune honte. (2) Je ne suis clairement pas une experte. Ça m’arrive, à moi aussi, de dire n’importe quoi. Bon. (3) Chaque famille a sa philosophie d’éducation. Je suis tout-à-fait consciente que la nôtre puisse choquer certaines sensibilités. Si c’est votre cas, je vous en demande pardon, et vous avez toute liberté de faire comme si vous n’aviez jamais lu mon billet de blogue.

Ces avertissements faits, passons au vif du sujet. Au programme de la chronique culturelle coups de cœur de cette semaine, la famille Bouffard (en ma personne) vous parle de Les lettres de mon Moulin et La Liste de Schindler.

Le livre de la semaine :
Les lettres de mon moulin d’Alphonse Daudet

Chronique culturelle coups de cœur Les lettres de mon moulinRésumé

Les Lettres de mon moulin est un recueil de courtes histoires dont la première relate comment le narrateur, qu’on devine être Daudet lui-même, s’installe dans un vieux moulin de Provence après avoir vécu dans un Paris «noir et bruyant», rempli de «journaux, de fiacres et de brouillard». De la porte ouverte de son moulin, il décrit d’abord le monde qui l’entoure, puis ses habitants. Il enchaîne ensuite sur des légendes locales, des contes et des récits portant sur des personnages du village. Pour ceux qui apprécient, on peut penser Fred Pellerin et on ne tomberait pas très loin, sauf évidemment pour le style.

Le livre compte 24 histoires dont certaines sont bien connues (p.ex. La chèvre de M. Séguin). Nos préférées sont sans contredit La Mule du Pape, qui raconte la vengeance de ladite mule contre son cruel palefrenier, et Les Trois messes basses, qui relate les tentations que fait subir de démon à un prêtre porté à la gourmandise pendant ses trois messes de réveillon. D’ailleurs, cette dernière a été (notamment) portée à l’écran par Pagnol en 1954. Le film de 30min en vaut la peine, il peut être visionné directement sur Youtube.

Chronique culturelle coups de cœur Les lettres de mon moulin

On a choisi ce livre pour…

La série d’histoires décrit des personnages hauts en couleurs; si certaines sont tristes, aucune n’est inintéressante. Par-dessus tout, le style de Daudet nous fait entrer dans un monde champêtre, rempli de soleil, d’espace, d’une magnifique lenteur, d’un charme rustique et vieillot. Les détails sont réalistes mais la description est très poétique. J’ai décidé de vous présenter ce livre cette semaine parce qu’il fait tout simplement du bien à l’âme. Je ne sais pas vous, mais pour ce qui me concerne, je me sens souvent troublée par les événements du monde, et je hais de haine ce nouveau monde dans lequel nous sommes forcés de vivre. Ce livre-là ne manque jamais de me faire du bien.

Chronique culturelle coups de cœur Les lettres de mon moulin

Où trouver ?

Tout dépendant de l’édition choisie, le livre est facilement accessible chez n’importe quel libraire (Archambault, Renaud Bray) à un prix variant entre 9,00$ et 35,00$. Je vous invite à considérer l’achat de vos livres dans des librairies indépendantes catholiques comme les librairies Paulines.

Sinon, comme c’est du pas-pire-ment vieux stock, on trouve aussi ça gratuitement en ligne sur le Projet Gutenberg (avez-vous remarqué que j’ai fait un adverbe avec pas pire? Bah ouais.)

Enfin, Les Lettres de mon moulin a été enregistré en livre audio. Il est disponible gratuitement sur Youtube, lu par Fernandel. OK guys, je sais pas vous, mais moi je *capote* sur Fernandel. Je veux dire : en plus c’est gratuit. Vous pouvez écouter l’accent de Fernandel pendant des heures. Bon. Si vous n’êtes pas encore convaincus, on ne se comprendra jamais.

Le film de la semaine :
La liste de Schindler

Synopsis

Chronique culturelle coups de cœur La liste de Schindler

Le film est tiré d’une histoire vraie mais romancée, basé sur le roman éponyme de Thomas Keneally.

Nous sommes en Pologne, pendant la 2e Guerre Mondiale. Le film commence avec l’entassement des juifs dans le ghetto de Cracovie. Oskar Schindler, un industriel allemand, profite de la guerre et corrompt des membres de la Wermacht et des officiers SS afin d’obtenir la propriété d’une usine de casseroles émaillées.

N’ayant pas assez d’argent pour payer l’entreprise, il obtient des fonds de riches juifs du ghetto et fait diriger son affaire par un comptable juif, Itzhak Stern. Il profite de la main d’œuvre bon marché fournie par le ghetto. Stern convainc Schindler d’engager le plus de juifs possibles afin, dit-il, de contribuer à l’effort de guerre (chaque juif engagé rapporte de l’argent au parti Nazi), mais en fait il espère en sauver le plus possible des déportations et des exécutions sommaires.

Le lieutenant Amon Goeth arrive à Cracovie pour superviser la construction du camp de concentration de Płaszów. Le camp terminé, il ordonne la liquidation du ghetto. Schindler ne se rend véritablement compte de l’horreur et de la folie nazie qu’en assistant à la liquidation du ghetto de Cracovie.

Schindler veille à entretenir son amitié avec Goeth et, grâce à des pots-de-vin et des cadeaux, il continue à amuser les SS pour obtenir leur soutien. Goeth est présenté comme un homme mauvais, colérique, alcoolique, sans aucune maîtrise de soi. Il abat des détenus à la carabine depuis le balcon de sa villa qui surplombe le camp. Les prisonniers vivent dans une terreur quotidienne.

Schindler finit par renoncer à son intérêt financier : sa priorité est désormais de sauver le plus de vies possibles. Il corrompt Goeth pour obtenir l’autorisation de construire son propre camp pour y abriter ses travailleurs, afin de mieux les protéger.

Comme les Allemands commencent à perdre la guerre, Goeth reçoit l’ordre d’envoyer les derniers juifs de Płaszów au camp de concentration d’Auschwitz. Schindler demande à Goeth l’autorisation de déménager ses travailleurs vers une nouvelle usine de munitions qu’il prévoit construire dans sa ville natale de Zwittau-Brinnlitz. Goeth accepte, mais contre un énorme pot-de-vin. Schindler et Stern créent alors la « liste de Schindler », une liste de 1 100 personnes qui seront transférées à Brinnlitz et qui seront épargnées de la déportation vers Auschwitz.

Quelques mois plus tard, la guerre se termine. Oskar Schindler et sa femme, ruinés, quittent le pays de peur d’être pourchassés comme membres du parti nazi. Les adieux entre lui et les juifs qu’il a sauvés sont très touchants. Malgré tout, il a honte de ne pas avoir fait plus. Les Schindlerjuden (les juifs de Schindler) sont finalement libérés par un soldat soviétique.
En épilogue, on voit l’exécution de Goeth, un résumé de la vie de Schindler après la guerre, puis les juifs de Schindler en 1993, qui se recueillent sur la tombe de Schindler à Jérusalem.

On a choisi ce film pour…

Je sais que plusieurs d’entre vous pensent déjà que je suis une *malade mentale* de faire écouter un film comme ça à mes enfants et je vous avertis que ça ne va pas s’arranger si vous continuez de lire. La vraie vérité, c’est que mon fils suit un cours d’histoire des deux Guerres. Son cours l’intéresse énormément, mais je vois bien qu’il ne comprend pas ce qu’a réellement été la guerre (et moi non plus d’ailleurs). On peut lui parler de 6M de juifs tués, et il continue à manger ses céréales en lisant Tintin et il fait «uh hum …» de manière désintéressée. Ce film amène un caractère extrêmement graphique et concret à la connaissance abstraite qu’il avait de la guerre. Je peux vous garantir qu’après avoir visionné la liquidation du ghetto de Cracovie il ne faisait plus «uh hum…». OK c’est brutal, j’en conviens, mais je crois que c’est formateur aussi. Il ne s’agit pas de violence pour le fun comme dans les niaiseries américaines qu’on nous sert sans fin.

J’aime énormément le parcours de conversion de Schindler. Au début, il est détaché de ce qui se passe. C’ est un vrai profiteur, un chien sale et un coureur de jupons invétéré. Mais sa conversion petit à petit, largement due à l’influence de Stern, finit par faire de lui un homme vraiment bon, et pas seulement avec les juifs, mais également avec sa femme, avec laquelle il décide finalement d’être fidèle. Une twist intéressante à sa conversion est qu’il finit par utiliser le «talent» qu’il a de soudoyer les Nazis pour faire le bien.

Dernière chose, j’ai été particulièrement frappée par les réactions des juifs avant qu’on les envoie dans les camps. Personne n’y croit, on entend des personnages échanger des remarques comme «si on fait ce qu’ils disent, ils vont nous laisser tranquilles», «ça ne peut pas être pire de toutes manières», «ils ne peuvent pas vouloir nous tuer, nous faisons un travail essentiel», «on est quand même bien ici (dans le ghetto)», etc. Ça m’a réellement rappelée à la situation que nous vivons actuellement. Que l’on pense école-maison vs. DEM, que l’on pense pandémie ou église catholique… Je pense que toutes ces pistes sont bonnes. Notre tendance à vouloir penser que ça n’empirera pas, que l’on ne peut pas nous vouloir tant de mal que ça, que ça va bien aller est très bien enracinée. Personnellement, ça m’a fait réfléchir longtemps après le film. La question qui m’est restée au fond du cœur est : puis-je obéir à quelqu’un dont l’objectif est de me faire disparaître ?

Faites quand même attention…

  •  Il y a une scène de nudité alors qu’on voit Schindler tromper son épouse (on l’a passée en avance rapide)
  • Les scènes de violence sont quand même intenses.

Questions pour la réflexion avec les enfants

Nos fils ont été très impressionnés par le film et ils ont posé beaucoup de questions. Je mets en vrac ici des questions qui sont survenues pendant et après le visionnement :

  • Pourquoi les Allemands voulaient-ils se débarrasser des juifs ?
  • Schindler est un vrai salaud de profiter de l’argent des juifs. Pourquoi ils acceptent ça ?
  • Pourquoi les soldats procédaient-ils à des exécutions sommaires ?
  • Pourquoi les soldats semblent-ils prendre plaisir à tuer ?
  • Qu’est-ce que la contrebande? Pourquoi les juifs font-ils de la contrebande ?
  • Pourquoi gardaient-ils leur brassard? N’auraient-ils pas pu l’enlever ?
  • Comment Hitler est-il mort ?

Où trouver ?

Vous pouvez louer sur Apple TV au coût de 4,99$.
Le film est aussi disponible sur Netflix pour les abonnés.
On peut l’acheter en librairie à partir de 10,00$.
Pour ceux qui préfèrent le livre, il est également en librairie pour environ 20,00$.

Alors alors alors… c’est tout pour aujourd’hui. (Vous voyez ici que Stephen King n’est pas le seul à être incapable de terminer correctement une histoire). Pour ceux qui ne se sont pas encore enfuis en courant, je vous reviens plus tard pour une autre chronique culturelle. En attendant, je vous souhaite de bonnes lectures et de bonnes discussions! Que le Seigneur vous bénisse !


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